Corrigé de l'épreuve composée partielle
Questions de cours
Quelles sont les différences entre un groupe et une catégorie sociale ?
Un groupe social est un ensemble d'individus qui entretiennent des relations entre eux. Ces relations peuvent être directes ou indirectes ; ce qui suppose que les membres d'un groupe social ne sont pas obligés de tous se connaître personnellement. Ils doivent également partager un sentiment d'appartenance à leur communauté. Cela implique qu'ils se définissent comme membres d'un même ensemble, mais il faut aussi que les individus extérieurs au groupe les définissent aussi comme tel. Ainsi, par exemple, les lycéens, les punk, les différentes ethnies forment des groupes sociaux. La cohésion du groupe peut lui permettre, après avoir pris conscience de ses intérêts qui découlent aussi de l'appartenance à une communauté, de se mobiliser.
En revanche, la catégorie sociale est un ensemble d'individus que l'on construit en fonction de certaines caractéristiques pour les classer. Ainsi, ce concept ne requiert en rien l'existence d'interactions ou de sentiment d'appartenance entre les individus. La catégorie sociale est en fait définie de manière objective à l'aide de critères (un bon exemple en est les PCS créées par l'INSEE), tandis qu'un groupe social se définit surtout lui-même.
Il peut cependant arriver que de certaines catégories sociales puissent émerger des groupes sociaux. Pour cela, il faut que les individus de la catégorie se mettent à interagir entre eux et à partager des croyances et normes communes. Quand la catégorie socioprofessionnelle des cadres a été créée, il ne s'agissait pas à l'origine d'un groupe social. Puis, au cours du temps, les cadres se sont reconnus des manières de faire et de penser en commun, une conception partagée du monde qu'ils nourissaient en interagissant les uns avec les autres, adoptant des pratiques communes ; c'est le signe qu'un groupe social était né. Le fait de nommer la catégorie a contribué, par un long processus social, à la création du groupe social. On peut en dire de même des ouvriers, ou bien des femmes.
Comment les incitations sélectives permettent-elles la mobilisation collective ?
Quand l'intérêt d'un groupe est porté à la conscience de ses membres, c'est-à-dire quandémerge un groupe d'intérêt, nous avons là une condition nécessaire mais non suffisante pour qu'un groupe se mobilise. C'est d'autant plus vrai pour les groupes secondaires, qui sont de taille assez conséquente et dont les liens entre ses membres ne sont pas suffisamment puissants pour instaurer une pression sociale qui incite à la mobilisation.
Comme l'a remarqué Mancur Olson, l'action collective menée par le groupe à un coût pour chacun de ses individus. L'action collective offre aussi des avantages, qui sont représentés par ce que le groupe va obtenir en cas d'issue victorieuse de la mobilisation... encore faut-il que cette action ait lieu! On fait les hypothèses suivantes : plus le nombre d'individus mobilisés est grand, plus les gains obtenus sont impoprtants, et les avantages acquis par le groupe profiteront à l'intégralité de ses membres. Or, si les individus adoptent une perspective rationnelle en termes de coûts/avantages classique, ils chercheront à maximiser leur gain. Ils adopteront pour cela un comportement de passager clandestin ; ils ne participeront pas à la mobilisation collective et laisseront leurs camarades se mobiliser pour eux et récolteront ensuite les fruits de cette mobilisation. Le problème, c'est que si tous les individus adoptent ce raisonnement, la mobilisation n'aura pas lieu. Comment sortir de cette impasse ?
Selon Mancur Olson, les incitations sélectives se présentent comme une solution au problème. Ce sont des dispositifs qui ont pour rôle de diminuer le coût de la mobilisation pour les individus. Soit en les incitant de manière positive : on réserve les gains de la mobilisation aux seuls participants, on leur offre des avantages en termes de prestige ou une aide préférentielle pour accéder à une promotion... Soit on les contraint à la mobilisation avec des incitations sélectives négatives : le piquet de grève empêche ceux qui veulent travailler de le faire et les incite à se joindre aux mobilisés, ou on menace de mettre à l'écart du groupe ceux qui rechignent à se mobiliser. Ainsi, les incitations sélectives permettent d'augmenter les chances de mobilisation.
Etude de document
Ce document est un tableau présentant la répartition, au cours d'une journée, du temps de travail domestique dans un couple, selon l'activité des femmes. Il a été réalisé par l'INSEE dans le cadre de l'enquête emploi du temps menée en 2005.
Ce tableau nous montre en première analyse qu'il existe une inégalité de répartition des tâches domestiques en fonction du genre. Le genre, rappelons le, correspond aux comportements sociaux liés au sexe, et qui définissent ainsi, de manière construite et non naturelle, les rapports entre les hommes et les femmes dans la société. La colonne "ensemble" offre une illustration de cette inégalité, puisqu'en moyenne, une femme consacre quotidiennement 5h01 aux travaux domestiques, tandis que son conjoint n'y passe que 2h07 ; c'est moins de la moitié. Le constat est encore plus flagrant si l'on regarde les résultats selon l'activité de la femme ; quel que soit son temps de travail professionnel, une femme passe toujours plus de temps que son conjoint pour les travaux domestiques. Si une femme à temps partiel ou complet passe environ deux fois plus de temps que son conjoint aux travaux domestiques (respectivement 3h55 et 4h29 pour la femme contre 2h14 pour l'homme dans les deux cas), cet écart s'amplifie quand elle est sans emploi : ce rapport est égal à plus de trois fois et demies. Cela est en partie dû au fait que le temps de travail domestique reste assez stable quelle que soit l'activité de sa compagne (son temps de travail est environ égal à 2h quotidiennes).
Ces différences s'expliquent via le concept de socialisation différentielle selon le genre. En effet, nous avons dit que le genre n'était pas une donnée naturelle : il résulte au contraire de l'intériorisation de normes et de valeurs qui diffèrent selon le sexe de l'individu. Ainsi, les petites filles se verront offrir des jouets connotés en fonction des normes définissant le rôle de la femme dans une société donnée : les jeux de dînette, les poupons, les accessoires de ménage ne sont pas neutres et permettent à la petite fille d'apprendre son rôle. Elle va également reproduire les actions de sa mère en l'imitant, et c'est également elle que l'on va davantage solliciter pour aider aux tâches domestiques dans le foyer. Tous ces comportements sociaux vont donc conduire à ce que les sociologues appellent la reproduction sociale, c'est à dire la perpétuation de normes qui vont aboutir à une reproduction des comportements. Cela explique que la femme soit plus exposée à la réalisation des tâches domestiques.